Nouvelles menaces: le problème de la perception

Publication date:
10/1994
Author:
Pere Vilanova
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Depuis 1988 a commencé à se dessiner une tendance, qui a pris définitivement de l’ampleur, après la chute du mur de Berlin en novembre 1989, vers une nouvelle approche du problème de la menace. La relation entre la notion de menace et la notion de sécurité a toujours été évidente, mais cette relation est devenue de plus en plus complexe. En effet, si le système de sécurité en vigueur en Europe occidentale pendant les quatre décennies qui vont de 1947 à 1987 a reposé sur une base essentiellement militaire, c’est parce que la menace -ou ce qui était perçu comme telle- était surtout militaire. On peut introduire ici une nuance: la menace -de l’Est, soviétique, etc.- n’était pas seulement militaire, puisqu’il s’agissait d’un système global, dont toutes les composantes (idéologiques, économiques, sociales) étaient porteuses de menace. Mais l’outil de cette menace, l’instrument de l’action, finalement était réduit à l’ensemble de l’appareil militaire du bloc soviétique. La question n’est pourtant pas simple, puisqu’il n’en a pas toujours été ainsi. Dès 1947, et pendant au moins deux ou trois décennies, selon les cas, l’Europe occidentale -les gouvernements et une bonne partie de l’opinion publique tout au moins- a aussi considéré la menace idéologique et la subversion sous toutes les formes imaginables comme un outil privilégié de la menace soviétique. Ce n’est qu’à partir du début des années 70 que la question a été réduite à la composante militaire, puisque les systèmes politiques et économiques occidentaux ont fait preuve non seulement d’une très bonne santé mais aussi d’une capacité d’autodéfense idéologique largement suffisante. Nous n’allons pas entrer ici dans l’analyse d’un élèment de cette logique, qui nous semble assez important: le système occidental (pour employer un terme conventionnel) et ses opinions publiques n’ont pas toujours été conscients de cette solidité, de sorte que leur capacité réelle de faire face à la menace était systématiquement auto-sousestimée. Ceux qui, dans les premières années 80, osaient dire que la menace -même militaire- de l’URSS était peut-être gonflée ou surestimée, se voyaient traiter de pacifistes ou, pire, de neutralistes. On peut aisément argumenter aujourd’hui qu’il nous est facile maintenant de prouver que la menace n’était pas telle ou, en tout état de cause,
moindre qu’on nous le disait. La question néanmoins reste posée et une leçon est à retenir: c’est celle de la différence entre la menace et la perception de la menace et son évaluation adéquate. Les moyens de le faire ne sont pas simples à cerner, puisque l’erreur de la perception ne découlait pas de l’utilisation de techniques ou d’outils non adaptés. Parfois cela a été le cas, mais souvent la fausse évaluation était induite par nos responsables politiques ou militaires. Pourquoi? Les raisons n’ont jamais manqué.