La nouvelle perception des menaces: l'ex-bloc soviétique et la Yougoslavie

Data de publicació:
10/1994
Autor:
Jean-Pierre Maury
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A la suite des événements de 89, on a jugé que c’en était fini de l’Europe de Yalta, de l’Europe divisée; on a cru que l’Europe de l’histoire allait rejoindre l’Europe de la géographie et on a pensé que désormais le continent était réunifié sous les trois figures emblématiques de la paix, de la démocratie et de l’économie de marché. Or, l’évolution des anciens pays communistes révèle crûment les difficultés de la transition, que l’on sousestimait sans doute, à la lumière de l’exemple espagnol. Trois ans plus tard, l’inflation mensuelle à deux chiffres, les chômeurs par millions et la baisse de la production sont les traits les plus marquants de la nouvelle économie; l’insécurité, le trafic des êtres humains, le pouvoir des mafias, ceux de la nouvelle société; et les trois fédérations plurinationales (URSS, Yougoslavie et Tchécoslovaquie) ont explosé, donnant naissance à 22 nouveaux Etats indépendants, dont trois guerres interétatiques, une demi-douzaine de guerres de sécession et trois guerres pour l’attribution du pouvoir interne ont déjà animé la vie politique. L’éclatement des fédérations plurinationales peut être considéré comme une nouvelle application du principe des nationalités, mais, comme jadis les États issus de l’ancienne Autriche-Hongrie (dont il est désormais de bon ton de regretter la disparition), les nouveaux États indépendants ne sont guère plus homogènes que ceux dont ils sont issus. Plusieurs crises, provoquées par la révolte de groupes ethniques qui refusent leur statut de minorité, menacent la stabilité voire l’existence de certains d’entre eux. Ainsi, le processus de division n’est peut-être pas terminé: des guerres de sécession ont éclaté dans plusieurs des nouveaux Etats au lendemain de l’accession à l’indépendance (Croatie, Bosnie, Moldavie, Géorgie); en Russie, deux entités ont proclamé leur indépendance (Tchétchènie, Tatarstan); de nombreuses frontières sont contestées, violemment en ex-Yougoslavie ou entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, plus discrètement ailleurs.