La perception de la menace par les Européens: une vision éclatée

Fecha de publicación:
10/1994
Autor:
Patrice Buffotot
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Le système bi-polaire rigide que nous avons connu jusqu’en 1989, où il y avait une menace militaire précise, stable, et commune, malgré quelques nuances, à l’ensemble des pays occidentaux, nous offrait un cadre conceptuel relativement simple, compréhensible, et prévisible et somme toute confortable. Les acteurs avaient fini par établir des règles du jeu et se connaissaient bien. Or l’effondrement du communisme dans les pays d’Europe centrale et en Union soviétique en moins de deux ans (1989-1990), la dissolution du pacte de Varsovie le 1 juillet 1991, puis l’éclatement de l’Union soviétique en décembre 1991, provoquent un bouleversement total du système international. La menace militaire telle qu’elle existait disparaît. Les Européens en conviendront, plus o moins vite suivant les pays, mais elle devient un état de fait. Or cette brutale disparition laisse la place à une situation beaucoup plus insaisissable, imprévisible et par conséquent difficilement contrôlable. Cette nouvelle situation a pour première conséquence de faire éclater le concept de menace militaire. Comme on n’arrive plus à identifier des menaces militaires précises, on élargit alors le concept de menace à d’autres domaines et, comme cela ne suffit plus, on utilise un nouveau concept, celui de “risque”. Le risque apparaît en effet comme un danger éventuel plus ou moins prévisible combinant plusieurs facteurs: politiques, économiques, démographiques, ethniques, religieux. Le risque à la différence de la menace ne comporte pas un degré aussi grave de “dangerosité”car il ne porte pas atteinte aux fondements de notre sécurité comme pouvait le faire la menace soviétique pendant la guerre froide. Un des dangers d’élargir la notion de menace (et de risque) à d’autres domaines que le militaire, est de voir la menace partout ou nulle part. Cette “dilution” de la menace n’est pas sans danger. La seconde conséquence est de surprendre les Européens et de les priver d’une vision commune. En effet, les Européens vont individuellement tenter de reconstituer une représentation des menaces (et des risques). Si jusqu’à présent, la perception de la menace militaire soviétique leur était commune et servait de ciment à la stratégie et à la politique de défense, il n’en est plus de même aujourd’hui. Or le paradoxe veut qu’au moment où les Européens parlent d’une politique de sécurité commune, la perception de la menace est la moins unifiée qui soit. La construction d’une menace commune venant du Sud n’a pas réussi à remplir cette fonction malgré le coup de main donné par Sadam Hussein avec la guerre du Golfe. Nous allons voir comment les Européens vont construire leur système de représentation de la menace.