Algérie- Espagne: un partenariat plus fort avec " un pays à faire", par El Kadi Ihsane

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El Watan Economie

[02.03.2009]

Jordi Vaquer expose à Alger les pistes de la nouvelle croissance

Comment réagirait le gouvernement espagnol si une
entreprise ou un fonds algérien venait recapitaliser le
numéro un de l’immobilier ibérique, terrassé par la
crise ? L’Espagne sait ce qu’attendent le Maroc et la
Tunisie de l’UE, mais que veut l’Algérie de l’Europe ?
Ou encore, le gaz peut-il être un simple produit
marchand comme les autres ou est-il un produit
stratégique ?
Par
El Kadi Ihsane
C’est à ce type de questions «sur la corde raide» du
dialogue qu’a eu droit le petit déjeuner «Le Care-
Les Afriques», à l’initiative du cercle d’action et de
réflexion sur l’entreprise (CARE), mercredi dernier, dans
l’enceinte rutilante de l’Ecole supérieure algérienne des
affaires (l’ESAA). Pourquoi l’Espagne ? Parce que l’invité
principal du jour, Jordi Vaquer, est une sorte d’éclaireur
géostratégique que le département de M. Moratinos, le
ministre espagnol des Affaires étrangères, ne manque pas
d’écouter. Catalan polyglotte – six langues parlées- M.
Vaquer est directeur du CIDOB, un centre d’analyse de
relations internationales – un Think Tank - basé à Barcelone
et dont l’une des missions «est d’alerter le gouvernement
sur les déficits d’attention» que pourrait avoir la diplomatie
espagnole dans sa vision internationale. Bonne ou
mauvaise nouvelle, c’est selon l’angle, l’Algérie figure
parmi les «pays-focus» du Cidob. Aux côtés de l’Ukraine
par exemple. Des pays qui doivent susciter un peu plus la
vigilance de Madrid, mais aussi bien sûr des entreprises
espagnoles. D’où le lien avec CARE et le copieux parterre
de chefs d’entreprise algériens présent au petit déjeuner.
Une décennie prodigieuse, une crise
désastreuse
Au coeur du débat deux conjonctures : L’Espagne est
entrée en récession profonde ; l’Espagne prépare sa présidence
de l’UE en janvier 2010. Jordi Vaquer a fait de l’une
et de l’autre – dans une intervention en français bien sûr
- une présentation limpide. « L’Espagne souffre de la crise
avec une intensité qui nous surprend tous les jours.» Les
prévisions de récession pour 2009 sont sans précédent
dans l’histoire du «miracle espagnole» : 1,7%. « Ils restent
toutefois moins sombres, en dépit du fait que l’on parle
beaucoup de la violence de la crise en Espagne en ce
moment, aux 2,8% de récession prévus en Grande-
Bretagne ou aux 2,5% en Allemagne». Jordi Vaquer a
rapidement traité des causes «endogènes et exogènes» qui
ont conduit au «retournement de ce modèle à succès»
qu’aura été le modèle espagnole. Non sans avoir d’abord
évoqué les réalisations de «la décennie prodigieuse» : 8e
constructeur mondial d’automobile, 2e banque européenne
avec Banco Santander et surtout un dépassement
du revenu moyen italien en 2006. Un miracle dans le
miracle : la vitesse à laquelle les grandes entreprises espagnoles
sont devenues des acteurs importants à l’international
et parfois sur des marchés – Téléphonica en Grande-
Bretagne – de très forte concurrence, a marqué les esprits
des invités. Les entreprises algériennes – lesquelles ? -
peuvent elles songer un jour à un tel déploiement ? Le
modèle avait bien un revers : l’Espagne affichait avec 55
milliards d’euros en 2008, le second déficit commercial le
plus important du monde après celui des Etats-Unis et sa
bulle de l’immobilier – soutenu par un accès au crédit très
souple – laisse sur le carreau un parc de 1,3 millions d’appartements
invendus. Ce sont donc naturellement les
réponses de sortie de crises qui feront la chaire du débat du
petit déjeuner. L’Espagne va-t-elle se replier sur elle ou
examiner, parmi d’autres révisions de son modèle de
croissance, une autre insertion à l’internationale qui passerait
notamment par un tropisme méditerranéen et
Maghrébin plus fort ?
Les patrons espagnols n’y pensent pas
encore
Jordi Vaquer a une religion toute faite sur la question.
«L’Espagne doit réviser sa stratégie d’internationalisation.
Les grandes entreprises devront diversifier leurs destinations
d’investissement vers les pays encore à faire. Les
grands pays européens sont des pays faits» ou les gisements
de croissance sont faibles. Mais ce ne sont pas
encore là «les idées dominantes dans la têtes des grands
patrons espagnols», avoue l’analyste espagnol. Il y a
encore du travail pour faire émerger la destination Maghreb
comme véritable opportunité de croissance pour les entreprises
espagnoles. La référence serait de faire des trois
pays du Maghreb central en particulier des partenaires
forts de la croissance comme l’ont été et le sont en partie
encore des pays comme la Pologne, la Roumanie ou la
Turquie. Et là, le thème de la crise vient s’articuler avec
celui de la présidence espagnole de l’Union européenne en
janvier prochain.
La priorité au Maroc et à la Tu nisie
agace
De grands projets dans les énergies renouvelables sont
prévus en Espagne, l’Union pour la Méditerranée a retenu
le plan solaire parmi ces cinq projets de lancement, l’Espagne
est le troisième marché mondiale d’énergie solaire
et l’un des leaders mondiaux de fabrication de panneaux
solaires Zytec est espagnol. Jordi Vaquer s’est emparé de
ce sujet pour répondre à une des questions introduite dans
le débat par le président du CARE Nassim Kerdjoudj : n’y
a-t-il pas aujourd’hui à la faveur de la crise une opportunité
pour retourner les flux d’affaires pour des acteurs
économiques algériens qui recapitaliseraient des entreprises
espagnoles et leurs apporteraient en Algérie un plan
de charge disparu en ce moment en Espagne ? «Le marché
du solaire offre une vraie opportunité car la prime du gouvernement
espagnol en soutien à des installations solaires
est terminée et donc les entreprises du secteur ne vont plus
se lancer dans des grands projets» en attendant de nouvelles
mesures de soutien sans doute. En réalité la diplomatie
espagnole est en quête auprès de ses partenaires de
la rive sud méditerranéenne pour poser la question « que
voulez vous voir traiter durant la présidence espagnole »
une opportunité qui s’ouvre entre deux présidences nord
européennes, très loin de la méditerranée : «Le Maroc
insiste sur le statut avancé, la Tunisie prépare des demandes,
l’Algérie n’a pas encore exprimé quelque chose.»
C’est l’intervention en contre point de Abdelaziz Rahabi
ancien ministre, ancien ambassadeur en Espagne notamment
et en Amérique latine et fin connaisseur du monde
hispanique, qui donnera toute la mesure des difficultés qui
attendent l’Algérie pour émerger comme une destination
phare pour les investisseurs espagnols. «Je fais partie de
l’équipe qui a dit à l’accord d’association en 1995. Nous
savions qu’il allait y avoir un effet décalé sur les investissements.
Vous ouvrez, vous êtes inondés par les produits
concurrentiels vos filières industrielles les plus exposées
sont massacrées. Pourquoi voulez-vous après que les
investisseurs viennent».
C’est ce qui s’est produit après. «L’équipe aux affaires
depuis 2000 voulait signer au plus vite un accord en pensant
que cela rétablirait l’Algérie à sa place dans les relations
internationales». Abdelaziz Rahabi a ensuite illustré
d’une série d’anecdote, l’incapacité du partenaire espagnole
à transiter l’Algérie comme le partenaire commercial
important qu’il est : «Dans les années 1990, l’Espagne
avait décidé de consolider la Tunisie et le Maroc pour les
protéger de l’instabilité algérienne. Pourquoi ne pas aider
le malade directement». Il a ajouté qu’aujourd’hui «le
risque majeur dans la région s’appelle le Sahel, une zone
grise qui est entrain de se développer au sud et qui menace
de faire de l’Algérie le Pakistan de la région. Qui va t’on
encore consolider ?» Le débat a montré que l’Algérie
«entrepreuniale» était largement sortie du face à face historique
avec la France , mais qu’il existait une césure
générationnelle qui faisait que la négociation avec la rive
nord méditerranée «se poursuit encore plus sur le terrain
des principes que sur celui des intérêts à cause du romantisme
de ma génération», a épilogué M. Rahabi. Faut-il
attendre que la nouvelle génération algérienne – laquelle
?- « qui raisonne plus dans la norme des intérêts» arrive
aux affaires pour que se développe un partenariat fort
entre les deux rives, en particulier entre l’Algérie et l’Espagne
? Jordi Vaquer estimait qu’il n’ y a pas lieu d’attendre
et qu’il faut lancer les «nouvelles idées» maintenant.
Maintenant que la crise est là. E. K. I.

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