Le Monde
[08.09.2009]
Il y a un an, en septembre 2008, la faillite de la banque américaine Lehman Brothers plongeait le monde dans une crise financière et économique sans précédent, obligeant les dirigeants des pays les plus puissants - le fameux G20 - à se réunir à trois reprises en dix mois. Trois semaines avant le troisième sommet, qui se tiendra les 24 et 25 septembre à Pittsburgh, aux Etats-Unis, les grandes lignes d'un accord commencent à apparaître. Tel est le principal enseignement du week-end des 5 et 6 septembre qui a vu deux réunions importantes se tenir : celle des ministres des finances du G20, à Londres, et celle, plus discrète mais tout aussi décisive, des banquiers centraux et des régulateurs réunis à la Banque des règlements internationaux de Bâle.
Schématiquement, à la veille de ce week-end, Français et Allemands mettaient l'accent sur la limitation des bonus, et les Américains sur la nécessité de renforcer les fonds propres des banques, les Britanniques adoptant une position plus ambiguë. Durant le week-end, chacun a fait un pas vers l'autre : les bonus seront encadrés, et des malus verront peut-être le jour. Par ailleurs, les banques devront renforcer leur capital et disposer en permanence d'un "capital-tampon" contre-cyclique qui pourrait être utilisé en cas de crise.
Ces décisions constituent un progrès indéniable. Elles interviennent après le renforcement des fonds propres du FMI et un contrôle accru des paradis fiscaux, deux sujets mis en avant lors du précédent sommet du G20. Petit à petit, une régulation financière mondiale est en train de voir le jour.
Il serait souhaitable que les dirigeants aillent plus loin, tant il apparaît évident que les principaux intéressés, les institutions financières, ne modifieront leurs comportements que sous la contrainte. Ainsi l'encadrement des bonus risque d'avoir peu d'effet s'ils ne sont pas plafonnés. Le renforcement des fonds propres des banques ne doit pas être une excuse pour leur permettre de prendre demain de nouveaux risques insensés en inventant de nouvelles opérations hors bilan. Enfin, le renforcement des fonds propres du FMI ne doit pas être le paravent qui permettrait aux Européens de refuser toute réforme de la gouvernance de cet organisme qui donnerait aux pays émergents la place qui leur revient.
La crise actuelle a été celle de la finance mondialisée. La sortie de crise doit donc passer par la mise en place d'une organisation mondiale de la finance, et non par des compromis qui permettent à chacun, une fois rentré chez lui, de dire que seuls les autres devront changer.
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